7e continent: le cinéma « plurielles »

(c) Renaud Konopnicki

En multipliant les casquettes Lola Norda et Alix Penequeau donne au cinéma un nouveau visage. Réalisatrice, productrice et gérante d’un ciné-club, les deux sœurs portent le cinéma indépendant en haut de l’affiche et repense la séance et l’espace de projection.

Ciné-club, production, réalisation… vous êtes un peu sur tout les front du cinéma. C’était quoi la première idée de départ ?

Alix : c’est vrai qu’à mon retour de Montréal, je voulais me lancer dans quelque chose et Lola aussi. On avait plusieurs idées et plusieurs passions. On voulait faire une revue de cinéma au départ et de la réalisation. Mais on s’est vite rendu compte qu’on voulait donner la parole et agir, d’où l’idée du ciné-club. A Montréal, le cinéma est en ébullition, il se passe quelque chose. Je voulais aussi amener ça en France.

Lola : On voulait montrer des films et s’investir dans la nouvelle génération du cinéma. On a fondé un collectif dont on est le noyau dur. Pour chaque projet nous avons des nouvelles collaborations. Mais on fonctionne en binome avec Alix. Après la production, on baignait déjà dedans. Nos deux parents producteurs nous ont montré le chemin.

Justement, vous avez produit 7 court-metrages l’année dernière, tout en restant indépendante. C’est possible ?

Alix: On a demandé à 7 réalisateurs de faire 7 courts-métrages sur le theme Undead mais sans passer par le CNC ou autres rouages de financement. Heuresement, on a eu beaucoup de benevoles et on étaient 5 filles a dirigé le projet : Anne-Sophie Jeannin, Solveig Rawas, Margot Juvenal ainsi que Sarah Cerisel organisatrice des ciné-concerts. On était hyper soudée ! Finalement, on passe jamais par les interfaces classiques. Mais ca nous permets de produire 7 courts en 2 mois à hauteur d’un budget de 10 000.

Aujourd’hui, il faut compter 6000 mille pour un seul courts…

Lola : Notre projet de production (et nos autres projets aussi) sont basés sur l’indépendance. Ca n’a pas été forcément facile et jusqu’au bout on était a fond. Le jour de la projection à 20h30, il nous manquait encore deux films dont on attendait la livraison… mais on fonctionne bien sous pression. C’est stimulant.

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Vous avez d’autres projets en tant que productrice ?

Lola : On a recement co-produit notre 1ier long-métrage, Malgré la nuit de Philippes Grandrieux et on voudrait vraiment se tourner sur ce type de format mais le collectif nous limite à co-produire. C’est pour ça qu’on pense monter notre boîte de production.

Alix : Aujourd’hui, les films que l’on a produit sont projetés aux festivals et certains ont reçu des récompenses. Mais le projet d’undead c’est un projet que tu peux faire une fois dans ta vie. Et puis je suis réalisatrice de formation donc j’ai toujours des projets de réalisation. Notamment, un long-métrage qui est en train de se mettre en route et un clip musical que je tourne cet après-midi. Ce sera quelque chose de très religieux et spirituel…

Le ciné-club, ça marche comment ?

Lola : On choisit un thème suivant les films que l’on a sélectionné. La plupart du temps ce sont des réalisateurs qui nous propose d’eux même leurs films. Ca peut être difficile de choisir mais le mot d’ordre est de donner le plus de visibilité à celui qui en a le moins. On en ai à notre 12e projection ! Notre prochaine réunira 12 réalisatrices autour de la question de la féminité dans le cinéma. C’est intéressant quand on voit a quel point le cinéma est un milieu d’homme…

Alix : C’est une projection mensuel d’un court et d’un long métrage qu’on ne re-diffuse jamais. On touche un peu à tout. Tout ce qu’on montre est de l’ordre du coup de cœur et on ne veut pas s’enfermer dans des genres ou des carcans de cinéma. Et surtout, on veut garder notre indépendance ! Je dis pas qu’il faut fuir le système mais l’intégrer d’une autre manière. C’est pour ça que notre ciné-club est loin d’être classique aussi…

Oui, vous intégrez à la séance des événements des rencontres des débats, voir des happenings… Ca vous énerve la passivité du spectateur ?

Lola : Oui clairement. Un des thèmes d’une de nos projections était cœur d’artichaud. On s’était amusé à mettre des artichauds partout dans la salle et Mesparow etait venu chanté. Une fois aussi, on avait prévu un happening avant une projection, on avait installé une grande table sur le toit restaurent bar du cinéma l’étoile et des comédiens avaient recrés un banquet. Ils jetaient et mangeaient la nourriture, ca partait dans tous les sens. Ce qu’on cherche avant tout c’est à interpeller et faire réagir le spectateur.

Alix : Et puis la salle de cinéma, je la pense aussi comme un espace de liberté. Elle n’est pas mono-fonction. Il faut la ré-inventer et je pense que c’est dans la proposition de film que se place la possibilité de réaction du spectateur. C’est aussi une façon de rendre le spectateur actif. Je pense que le cinéma doit changer en interrogeant le langage. On cherche le dialogue avec le spectateur. Le film de Godard par exemple blublublu, nous dérange nous interroge mais ne nous laisse pas neutre. Le cinéma d’aujourd’hui doit se re-inventer.

La citation de 7e continent: « La route ? là, où on va on n’a pas besoin de route » Doc dans Retour vers le futur 2

 

Les filles du 7e continent ont un joli tumblr: http://le7c.tumblr.com/

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