Gonzine, « Revue Œstrogénique»

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Créé en 2010, Gonzine est un fanzine dont les auteurs sont exclusivement des femmes ou des hommes dissimulés sous des pseudonymes de femmes. Le documentaire de blublu machin Underground consacré à la micro-édition, lui fait une part belle. Une revue à l’image de sa créatrice : indépendante, impertinente et unique.

 Tu nous expliques un peu le principe de Gonzine ?

Oui. L’idée était de réunir toutes les filles auteurs qui bossent autour de moi. Le milieu de l’illustration est très masculin. On raconte souvent la féminité avec une vision masculine, donc l’idée était d’avoir une vision de la femme par la femme. Il n’y a aucun thème particulier par numéro. Je veux que les filles puissent se sentir libre de proposer la part de leur travail qu’elle veulent montrer. La seule contrainte est pour les hommes qui doivent s’inventer un personnage féminin pour leurs publications. Cela dit, c’est le dernier numéro où des hommes participent aux projets.

 D’où t’est venue cette idée d’un fanzine féminin ?

 A l’origine, il s’agit d’une réaction personnelle face au milieu. Je venais de lire le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Sa vision de la femme et du travail m’ont percutée : « Le travail, c’est la liberté ». Selon Beauvoir, le travail est, pour la femme, la voie de l’émancipation. A cette époque, je débutais ma carrière en tant que Sarah Fistol dessinatrice. J’ai eu plusieurs refus, et j’ai donc décidé de créer ma propre revue. Comme je fréquentais le milieu de la micro-édition, j’ai pu avoir pas mal de conseils à droite à gauche. J’ai commencé à contacter les filles que je connaissais pour leurs proposer le projet. Ça m’a boostée quand j’ai vu que la plupart me suivaient.

 C’est ta façon d’être femme aujourd’hui ?

 J’ai été élevée comme un homme et comme une femme. Je ne souhaite pas que Gonzine soit assimilé à du féminisme. C’est une forme de résistance générale, une voie d’expression. Simone de Beauvoir à bien dit que les Hommes et les Femmes sont différents. Ils ont des voies d’expression différentes. Par exemple, ce qui m’intéresse dans le fait de publier des dessinatrices, c’est qu’on puisse parler de leurs sexualités librement. On a peu l’occasion d’avoir le point de vue de la femme sur l’érotisme, et il est temps qu’elles prennent la parole.

(c) Sarah Fisthole
(c) Sarah Fisthole

 Tu sors aujourd’hui ton 4e numéro que tu vas présenter à Angoulême. Qu’est-ce qui te pousse à continuer l’aventure ?

 Gonzine, c’est ma façon de résister à la société, c’est mon espace de liberté. Je suis le précepte de Deleuze : « Créer, c’est résister ». Je ne supporte pas les gens qui ne cherchent pas leur place dans la société et se contentent de choisir la facilité. Pour mon premier numéro, j’étais criblée de dettes, au chômage… Je me lançais dans un projet sans avoir aucun moyen de le financer. Bien que je sois relieuse de formation, je ne savais pas utiliser In Design, et surtout je n’avais pas les moyens de faire une impression test. La couv’ devait être noire. J’ai récupéré à droite et à gauche tous les cartons de papiers noirs que j’avais, et un ami qui travaillais au Louvre m’a même refilé ceux du Louvre. Tous mes Gonzine sont issus de la récup’ ! Je peux te dire que je me suis battue pour que le premier numéro voit le jour…

 Tous les exemplaires de Gonzine sont donc uniques ?

 Oui, tous mes fanzines sont faits main. Il y a une vraie réflexion autour de l’objet- livre. Gonzine, c’est une résistance à la standardisation du milieu de l’édition. Pourtant, à l’école tu apprends que les bouquins les plus côtés sont ceux où il y a une coquille (NDLR : faute typographique dans un texte édité). Je cherche à retrouver un certain rapport entre l’objet-livre et le lecteur pour réinstaller un lien de rareté. C’est pourquoi je n’édite qu’à 150 exemplaires et ne fait jamais de ré-impression. Je vends toujours l’ensemble de mon stock et j’ai une clientèle régulière. D’ailleurs, c’est assez marrant de voir que mes lecteurs sont en majorité des hommes !

 A quoi ressemble le Gonzine du futur ? Des projets ?

 Gonzine, je le conçois numéro par numéro. J’espère atteindre 10 numéros de Gonzine parce qu’il est rare qu’un fanzine auto-édité parvienne à 10 années de publications. Et puis, j’ai un projet de revue érotico- porno dessinée par les femmes pour les femmes qui me tient à cœur. J’espère vraiment qu’ il verra le jour.

 La Citation de Sarah :  « Angela, tu es infâme. -Non, répond-elle, je suis une femme. » Jean-Luc Godard

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