Paki’s Flowers ou la nuit d’un vendeur de roses par Nas Lazreg

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Prix du meilleur scenario décerné par l’association étudiante de cinéma Cine Qua Non et CINE FAC, Paki’s flowers est une fiction hyper actuelle. Le court-métrage relate l’histoire d’un vendeur de roses ordinaire se révélant extraordinaire. Rencontre avec son jeune réalisateur.

D’où t’es venu l’idée de faire un film sur les vendeurs de roses ?

Quand je suis arrivé à Paris en 2009, j’ai tout de suite remarqué leur présence. J’ai commencé à m’y intéresser, à parler avec eux. Peu de gens le savent, mais les vendeurs de roses ont leurs habitudes, leurs parcours. Ce sont des fragments de vies. J’ai découvert que ceux qu’on appelle familièrement « Paki » viennent en réalité du Bangladesh. Il y a une vraie communauté derrière, qui s’entraide. Ce qui est drôle, c’est que pour eux vendre des roses n’est pas dégradant, au contraire c’est noble.

Tu es allé à leur rencontre?

C’est assez compliqué de s’introduire. J’ai discuté avec certains, mais ils restent souvent entre eux et ne connaissent pas notre langue. Dans leur commerce de roses, et même dans leur quotidien, ils fonctionnent comme une collectivité. Quand ils ne sont pas avec leurs groupes, ils sont très seuls. La plupart se méfient, et seul ceux qui ont fait des études ont accepté de me parler. En fait, on est toujours dans un rapport de vente et il est très difficile d’établir un dialogue d’égal à égal. Même si ce fut rare, il m’est arrivé de pouvoir parler avec eux et c’est ce qui m’a permis d’écrire mon scénario.

Justement, comment s’est déroulé ton travail d’écriture entre fiction et réalité sociétale ?

Ce qui m’intéressait c’était ce tableau d’un moment de vie. Le cliché d’un moment, celui où passe ce fantôme de la ville. J’ai toujours aimé la veine sociale, et l’idée est de faire de la fiction documentée. Mais la fiction me permet d’aller plus loin et d’extrapoler. Je veux tirer le fil de la réalité.

Ici, ma narration est basée sur un revirement de situation. Mon personnage principal s’avère être un médecin dans son pays. La réalité est ici aussi trompeuse que la fiction. C’est en sauvant un passant que Naveed pourra être révélé socialement.

Qu’est ce qui t’intéresse dans le cinéma ?

La marginalité introduite dans le quotidien et le quotidien de la marginalité. La rose devient pour eux un objet du quotidien avec des valeurs bien différentes des nôtres. Et dans ce court-métrage, mon personnage est marginal de bien des façons. D’abord, de par sa situation en irrégularité qui le met en fuite permanente. Aussi, ces communautés habitent en banlieue pour échapper encore plus au contrôle de police. Excentrés et expatriés, leur marginalité est spatiale.

C’est un système social en marge ?

Tout d’abord, on a un système bien plus hiérarchique qu’il n’y paraît. Tout en haut, nous avons un chef qui gère l’ensemble des achats et contrôle le porte-monnaie des vendeurs. C’est une forme d’autorité presque féodale. Là, je me suis intéressé à un archétype d’anti-héros pour révéler un système particulier, un système invisible.

Tu frôles l’anecdote historique ?

Je suis historien de formation, en histoire culturelle notamment. Pour ceux qui ne connaissent pas c’est une branche de l’histoire qui s’intéresse plus à la culture d’une époque qu’à ses faits politiques. De ce fait, j’aime les petites histoires dans la grande Histoire. Mais je ne veux pas m’éloigner de l’époque que je suis en train de vivre, et ça ce sont des cinéastes comme René Vautier, Audiard, Yves Boisset ou les frères Dardenne qui me l’ont appris.

Tu la vois comment ton histoire à toi ?

J’ai été très heureux de travailler avec l’Essec. Ils m’ont permis de réaliser ce court-métrage.

Il faut que ça continue, multiplier les court-métrages, et pourquoi pas aussi les financements. C’est Kassovitz qui avait expliqué dans une rencontre master Pro la règle des trois : Faites trois courts-métrages avant de faire un long, et quand vous aurez réussi à faire trois longs métrages, alors peut-être que vous pourrez vous dire que vous êtes un Réalisateur accompli

Sa citation : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme » Albert Camus, le mythe de Sisyphe.

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