TOPAGER, une autre vue sur les toits

Topager

Nous avons rencontré Frederic Madre, co-fondateur de Topager au centre AgroParisTech. Après avoir monté les 8 étages qui permettent d’accéder au toit, nous avons découvert la formidable aventure de TOPAGER.

Comment a débuté l’aventure de Topager ?

 Fin 2011, j’ai rencontré mon associé Nicolas Bel, et Février 2012 on nous a donné la possibilité de faire notre premier topager. C’est allé super vite. Faire des potagers sur les toits était dans l’air du temps. New York, fer de lance des Urbans Farmers, avait déjà beaucoup de cultures de ce type et elles se multipliaient rapidement. Pour ma part, ça faisait 8 ans que je travaillais sur les toitures végétalisés. Quand on s’est lancés, on a d’abord voulu essayer de nouveaux substrats. A l’origine, l’idée était de créer des potagers d’expérimentations pour étudier dans quelles mesures il était possible de développer une agriculture urbaine.

 Votre concept va au-delà d’une simple réalisation de potager urbain…

 Oui, d’habitude les substrats de sol sont élaborés avec des matières minérales, mais notre idée était d’utiliser exclusivement des déchets urbains (mare de café/compost…). On récupère les déchets directement sur place. Le mare, par exemple, est un compost de deuxième main. Un ami à nous l’utilise pour faire de la culture de champignons. On le récupère après pour qu’il soit moins riche pour nos sols. Les restes des déchets sont produits par le bâtiment lui-même. Le bâtiment est pensé comme un écosystème. Pour que ça fonctionne, il est nécessaire de faire preuve de pédagogie avec les résidents. Cela dit, ils sont plutôt réceptifs à l’opération.

Shema d'un ecosysteme (c)TOPAGER
Shema d’un ecosysteme
(c)TOPAGER

 Comment expliquez vous le succès de Topager ?

 Il faut savoir que la ville de Paris propose des espaces potagers communautaires (AMAP), mais il faut compter deux à trois ans d’attente pour y avoir un accès. C’est assez décourageant, ce qui nous a poussé à proposer un système alternatif. Et puis, nous avons eu une formidable médiatisation dés le départ : canal+, France 5, et même Al Jazira (rire). On a eu beaucoup de commandes et accepté pas mal de projets. Aujourd’hui, de nouvelles initiatives existent dans le même esprit comme Toit Vivant association, mais on reste en première ligne dans ce secteur. Il faut dire qu’on a été les premiers au monde à faire des potagers scientifiques.

 Quelles ont été les conclusions de ces expériences ?

 On a beaucoup travaillé, et on a eu des conclusions vraiment prometteuses.

La première a été de constater que travailler sur une culture de déchets urbain fonctionnait mieux que des culture en terreaux. Ensuite blublu les vers de terres. Enfin, les tests sur l’impact de la pollution et des substances assimilées les plus dangereuses (Zinc, Cuivre, Plomb, Cadium, Mercure…) se sont révélés très positifs : on est en dessous des normes concernant la teneur en métaux lourds On pense que c’est parce que la culture sur les toits permets d’éviter beaucoup de pollution, et que notre sol est relativement sain. Il y a quelques bémols comme le thym ou les épinards, plantes accumulatrices.

 Aujourd’hui, vos actions ne se limitent plus aux expérimentations, mais aussi à la réalisation de potager à but de production consommable.

 Oui, mais on a encore peu de particuliers. En revanche, on a eu beaucoup de projets pour des restaurants, comme la Mutualité de Paris où on gère l’ensemble de la production depuis 1an. En effet, les restaurateurs souhaitent avoir leur produits frais de qualité à portée de main pour pouvoir proposer une carte de saison. L’année dernière on a récolté plus de 300kg de légumes !

Pour le futur Grand Paris, la Mairie nous a donné 2ha de terrain à occuper avec un biotope typiquement parisien. Il y a une vraie volonté de créer un urbanisme écologique qui fait sens, et on tient à accompagner ces initiatives publiques.

On s’est aussi occupés du potager sur la tour Eiffel, le restaurent Pullman, qui nous a s apporté une belle notoriété.

Le Projet réalisé du restaurent Pullman (c) David Haddad
Le Projet réalisé du restaurent Pullman
(c) David Haddad

 Vous le voyez comment le Topager du futur ?

 Nous n’avons pas de rêves de grands développements, on veut d’abord former les nouvelles générations et capter les projets les plus innovants.
Par exemple, on aimerait beaucoup développer des murs végétalisés car c’est un domaine où le bilan écologique reste encore à faire. Ces murs sont très à la mode, mais ils consomment trop d’énergie et demandent beaucoup d’entretien, car sinon il dépérissement vite. On voudrait remplacer le support plastique habituel par un support en argile plus esthétique et plus écologique. En ce moment, on étudie aussi la mise en place de toitures spontanées. Des toits où on place un substrat en attente d’être germé. On y installe des perchoirs et les oiseaux font le reste! Sans tomber dans l’utopie d’une ville auto-suffisante, on constate que son développement n’est pas incompatible avec un urbanisme écologique multi-fonctionnel.

La citation de Frédéric : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » Churchill

 

Retrouvez tous les projets de TOPAGER sur leurs site: http://topager.com/